Vraoum, vraoum. Les mobylettes passent au loin, derrière les champs. Pardon, les quads. C'est dimanche au balcon de la campagne. Pendant que tu allais tremper les Ouin-Ouin Sisters dans l'estuaire, je me suis tenu au courant du sort des fameux douze passagers indiens arrêtés et détenus en Hollande après avoir été débarqués de leur avion, suspects en plein vol aux yeux de flics américains embarqués. Ils ont été libérés et sont repartis en Inde, détenus deux journées pour ne pas avoir bouclé la ceinture quand le petit voyant s'est allumé. Je l'avais personnellement senti lors de mon retour les pieds en bas (et la tête haute) quand l'état physique liquide s'est trouvé banni des avions, interdire l'eau aux voyageurs, je crois que c'est une idée inédite dans l'histoire de l'humanité et de l'hospitalité, l'ambiance n'est plus du tout à la rigolade.Il va pourtant falloir quitter notre balcon rural pour réintégrer le Pays des antennes (en ce qui te concerne, il n'y en a pas vers chez moi, et pour cause). La fin de l'été, déjà ?

Il paraît que tous ceux qui naissent sous les auspices de cette pimbêche sont destinés à être exploités, à être volés comme dans un sac, à être saignés aux quatre veines, — faudrait-il donc en conclure que tous les prolos naissent sous ce signe ?

Dès vingt heures, les faubourgs parisiens descendaient vers les lieux de rassemblement qui leur avaient été fixés sur l'axe historique des grands boulevards, de l'Opéra à la République. De là, il était question de se diriger vers le domicile de l'ambassadeur des Etats-Unis avenue d'Iéna. Le dispositif de sécurité que la police municipale s'était hâtée de mettre en place fut très vite débordé. Vers vingt et une heures, sur le carrefour Strasbourg Saint-Denis, les agents se virent assaillis de pavés, de morceaux de grilles en fonte, de matériaux prélevés sur des chantiers. Une barricade,dressée à l'angle de la rue Réaumur et du boulevard Sébastopol avec des arbres abattus et des charrettes, fut enlevée de haute lutte dans une atmosphère de véritable émeute.
En fin de soirée, par tactique ou par opportunité, les groupes de manifestants éclataient dans des directions opposées, obligeant le service d'ordre à se disperser lui-même pour tenter de faire face partout à la fois. De tous les points menacés, les responsables réclamaient des renforts. Qu'on imagine les difficultés de l'état-major à une époque où la radio n'existait pas encore et où la motorisation était à peine ébauchée. Il y eut pas mal de déprédations dans le secteur Clichy-Pigalle et sur les Champs-Elysées où de nombreuses boutiques furent pillées. Un inspecteur de police reçut des blessures par coups de feu. Mais la scène qui fit le plus scandale fut la profanation de la dalle sacrée de l'Arc de Triomphe par trois à quatre cents manifestants refoulés des abords de l'avenue d'Iéna. Un peu avant minuit, la police parisienne avait repris la situation en main. Les points névralgiques étaient solidement tenus. Le calme renaissait partout vers la fin de la nuit. La police avait eu 121 agents blessés, dont 10 hospitalisés. 42 manifestants étaient poursuivis en flagrant délit. Ils seront condamnés à des peines de prison pour ports d'armes, pillages ou violences.
Faisant le lendemain du 23 août le bilan de cette manifestation, le préfet de police Jean Chiappe, qui avait pris son poste le 9 mai seulement et ouvrait avec éclat son "septennat policier" déclara que "les perturbateurs de l'ordre social devaient renoncer à l'espoir de descendre dans la rue en toute impunité". Pour réaliser cet objectif, il demanda des crédits afin d'acquérir des moyens de transports nombreux et rapides. Il inaugura aussi une tactique assez analogue à celle de Lépine en 1906 : l'occupation du terrain et des arrestations préventives. Les manifestants présumés étaient systématiquement cueillis "à la tête" et "ratisses" par la police municipale, dès qu'ils arrivaient à proximité des lieux de la manifestation. Ils étaient ensuite détenus pendant quelques heures dans des postes de police, en vertu des pouvoirs de l'article 10 du code d'instruction criminelle, selon lequel le préfet pouvait faire opérer des arrestations. L'affaire Sacco-Vanzetti eut entre temps une autre conséquence. Visitant les agents de police blessés et transportés dans les hôpitaux parisiens, Chiappe s'était rendu compte qu'ils s'y trouvaient soignés dans les mêmes salles que leurs adversaires, en<otage en quelque sorte des familles et des amis de ces derniers. Pour éviter ce genre de situation il décida de fonder et d'ouvrir à l'intention du personnel de la préfecture de police, une clinique chirurgicale privée. Deux ans plus tard, en octobre 1929, le président de la République inaugurait boulevard Saint-Marcel la "Maison de Santé du Gardien de la Paix". Cette initiative était fort intéressante. Elle est encore appréciée, même si l'on critiqua à l'époque son financement que l'on disait réalisé par le moyen de "ventes d'indulgences".
Georges Carrot, Le maintien de l’ordre en France au XX siècle
Nous sommes au jardin des Tuileries,

L'horrible Marquis de Saint-Simon est en promenade avec le Baron Cotonnet, industriel, le Baron de Stendhall, Madamede Staël, qu'on n'entendra pas plus que Monsieur de Schlegel.
Le Marquis de Saint-Simon :

Le Baron Cottonet :

Le Baron de Stendhall :

COTONNET
SAINT-SIMON, Préoccupé.
CoTONNET
SAINT-SIMON
CoTONNET, avec un rire forcé.
SAINT-SIMON
COTONNET
SAINT-SIMON
COTONNET
SAINT-SIMON
COTONNET, riant.
SAINT-SIMON, brusquement.
CoTONNET, riant aux éclats.
SAINT-SIMON
COTONNET
SAINT-SIMON
COTONNET
SAINT-SIMON
COTONNET, riant.
SAINT-SIMON, gravement.
M. DE STENDHALL, qui les a écoutés.
COTONNET
M. DE STENDHALL
COTONNET
M. DE STENDHALL
SAINT-SIMON
M. DE STENDHALL, riant.
SAINT-SIMON, gravement.
M. DE STENDHALL
CoTONNET, riant.
M. DE STENDHALL, se jetant sur une chaise.
SAINT-SIMON
M. DE STENDHALL
SAINT-SIMON
M. DE STENDHALL
COTONNET
M. DE STENDIIALL, les prenant chacun par un bras
et leur montrant la statue de Diane.
COTONNET
SAINT-SIMON, se fâchant.
CoTONNTET

Figures toi Waldorf, la tête en bas, que je crois que j'habite un quartier d'avant garde. Oui, rien que ça ! Tu te souviens, j'ai quitté la zone des blancs-bec connards, contents d'eux, sans qu'on puisse très bien percevoir les raisons d'une telle autosatisfaction. Mon nouveau quartier concentre le monde vivant, c'est à dire le monde moins les atlantistes. On y trouve l'Afrique, l'océan indien, l'Empire du Milieu, des vrais juifs, c'est à dire des juifs de ghettos avec le chapeau noir, la barbe et les femmes qui couvrent leurs cheveux. Mais il y a encore mieux. Pas plus tard que mercredi, je pars en ballade avec les Ouin-ouins sisters. Nous avons droit,comme d'habitude, à moultes témoignages d'affection devant tant d'abondance (tu as pu toi même constater ces faits) et voilà qu'il nous arrive l'une de ces expérience qui réchauffe le coeur.
Un homme, manifestement originaire d'une autre contrée, nous arrête et s'adresse à moi. D'abord, il me salut par une poignée de main, puis me demande si je suis arabe, ensuite si je suis musulman, sans que je comprenne très bien pourquoi (si ce n'est mon début de barbe) et enfin il m'explique que rencontrant des jumeaux, il convient qu'il leur fasse un présent. Mais il est également convenable de me demander si j'accepte qu'un cadeau leur soit donné. J'accepte le don cela va sans dire, c'est une obligation. L'homme fouille ses poches et en extrait deux rondelles de metal, d'un jaune terne, frappées de deux chiffres arabes : un 5 et un 0, qu'il donne aux Ouin-ouins sisters. Dans mon ancien quartier les blancs-becs connards y verraient cinquante cents, alors que ça n'est évidement pas de cela qu'il s'agit. Bref, nous discutons, nous nous serrons chaleureusement la main pour se dire au revoir, et main sur le coeur reprenons chacun sa route. C'est ainsi que l'argent venait d'être aboli. Il n'était plus la chose qui contient toute chose et toute humanité (donc toute spiritualité), il redevenait un objet, enrichi, peut être, par le mana. Sa valeur, au sens de l'économie politique (= au sens des blancs-becs connards), venait de perdre sa signification et dans le même temps d'acquéir d'aures pouvoirs autrement plus fantastiques. J'ai pensé à Marcel Mauss et au passage sur la monnaie chez les Tlingit et les Tsimshian, dans l'Essai sur le don:
" Mais ce sont surtout les cuivres blasonnés qui, biens fondamentaux du potlatch, sont l'objet de croyances importantes et même d'un culte. (...) Souvent le mythe les identifie tous, les esprits donateurs des cuivres, les propriétaires des cuivres et les cuivres eux mêmes. Il est impossible de discerner ce qui fait la force de l'un del'esprit de l'autre : le cuivre parle, grogne ; ildemande à être donné, détruit, c'est lui qu'on couvre de couvertures pour le mettre au chaud, de même qu'on enterre le chef sous les couvertures qu'ildoit distribuer.
Mais d'un autre côté, c'est, en même temps que les biens la richesse et la chance qu'on transmet. (...) La circulation des biens suit celle des hommes, des femmes et des enfants, des festins, des rites, des cérémonies et des danses, même celle des plaisanteries et des injures. Au fond elle est la même. Si on donne les choses et les rend, c'est parce qu'on se donne et se rend "des respects" - nous dirions encore "des politesses". Mais aussi qu'on se donne en donnant, et, si on se donne, c'est qu'on se "doit" - soi et son bien - aux autres. "
Toute chose, qu'evidement les blancs-bec connards ne peuvent comprendre.
