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Dimanche 27 août 2006
Vraoum, vraoum. Les mobylettes passent au loin, derrière les champs. Pardon, les quads. C'est dimanche au balcon de la campagne. Pendant que tu allais tremper les Ouin-Ouin Sisters dans l'estuaire, je me suis tenu au courant du sort des fameux douze passagers indiens arrêtés et détenus en Hollande après avoir été débarqués de leur avion, suspects en plein vol aux yeux de flics américains embarqués. Ils ont été libérés et sont repartis en Inde, détenus deux journées pour ne pas avoir bouclé la ceinture quand le petit voyant s'est allumé. Je l'avais personnellement senti lors de mon retour les pieds en bas (et la tête haute) quand l'état physique liquide s'est trouvé banni des avions, interdire l'eau aux voyageurs, je crois que c'est une idée inédite dans l'histoire de l'humanité et de l'hospitalité, l'ambiance n'est plus du tout à la rigolade.
Il va pourtant falloir quitter notre balcon rural pour réintégrer le Pays des antennes (en ce qui te concerne, il n'y en a pas vers chez moi, et pour cause). La fin de l'été, déjà ?
Jeudi 24 août 2006
24 août — 23 septembre


Il paraît que tous ceux qui naissent sous les auspices de cette pimbêche sont destinés à être exploités, à être volés comme dans un sac, à être saignés aux quatre veines, — faudrait-il donc en conclure que tous les prolos naissent sous ce signe ?

Mercredi 23 août 2006


Le mouvement d'opinion lancé en faveur de la grâce des deux anarchistes italiens, Sacco et Vanzetti, condamnés à mort en 1921 aux Etats-Unis, donnait l'occasion aux dirigeants de l'extrême gauche de mobiliser les masses et de démontrer leur audience. Il semble que la nouvelle de l'exécution, qui se propagea soudainement dans Paris au cours de l'après-midi du 23 août 1927, soit tombée sur une population ouvrière parisienne chauffée à blanc et toute prête à s'émouvoir. Par contre, la préfecture de police qui s'attendait vraisemblablement de la part de la justice américaine à un nouveau sursis et qui avait été rassurée sur les intentions du parti communiste, paraît avoir été surprise. On était en pleine période de congés et les effectifs en service n'étaient pas en mesure de faire face rapidement et efficacement au déferlement quis'amorçait. Il y avait seulement 1 800 gardiens de la paix, 670 gardesrépublicains de Paris à pied et 300 à cheval, pour à la fois protéger leslieux menacés et manœuvrer contre les attroupements.

Dès vingt heures, les faubourgs parisiens descendaient vers les lieux de rassemblement qui leur avaient été fixés sur l'axe historique des grands boulevards, de l'Opéra à la République. De là, il était question de se diriger vers le domicile de l'ambassadeur des Etats-Unis avenue d'Iéna. Le dispositif de sécurité que la police municipale s'était hâtée de mettre en place fut très vite débordé. Vers vingt et une heures, sur le carrefour Strasbourg Saint-Denis, les agents se virent assaillis de pavés, de morceaux de grilles en fonte, de matériaux prélevés sur des chantiers. Une barricade,dressée à l'angle de la rue Réaumur et du boulevard Sébastopol avec des arbres abattus et des charrettes, fut enlevée de haute lutte dans une atmosphère de véritable émeute.

En fin de soirée, par tactique ou par opportunité, les groupes de manifestants éclataient dans des directions opposées, obligeant le service d'ordre à se disperser lui-même pour tenter de faire face partout à la fois. De tous les points menacés, les responsables réclamaient des renforts. Qu'on imagine les difficultés de l'état-major à une époque où la radio n'existait pas encore et où la motorisation était à peine ébauchée. Il y eut pas mal de déprédations dans le secteur Clichy-Pigalle et sur les Champs-Elysées où de nombreuses boutiques furent pillées. Un inspecteur de police reçut des blessures par coups de feu. Mais la scène qui fit le plus scandale fut la profanation de la dalle sacrée de l'Arc de Triomphe par trois à quatre cents manifestants refoulés des abords de l'avenue d'Iéna. Un peu avant minuit, la police parisienne avait repris la situation en main. Les points névralgiques étaient solidement tenus. Le calme renaissait partout vers la fin de la nuit. La police avait eu 121 agents blessés, dont 10 hospitalisés. 42 manifestants étaient poursuivis en flagrant délit. Ils seront condamnés à des peines de prison pour ports d'armes, pillages ou violences.

Faisant le lendemain du 23 août le bilan de cette manifestation, le préfet de police Jean Chiappe, qui avait pris son poste le 9 mai seulement et ouvrait avec éclat son "septennat policier" déclara que "les perturbateurs de l'ordre social devaient renoncer à l'espoir de descendre dans la rue en toute impunité". Pour réaliser cet objectif, il demanda des crédits afin d'acquérir des moyens de transports nombreux et rapides. Il inaugura aussi une tactique assez analogue à celle de Lépine en 1906 : l'occupation du terrain et des arrestations préventives. Les manifestants présumés étaient systématiquement cueillis "à la tête" et "ratisses" par la police municipale, dès qu'ils arrivaient à proximité des lieux de la manifestation. Ils étaient ensuite détenus pendant quelques heures dans des postes de police, en vertu des pouvoirs de l'article 10 du code d'instruction criminelle, selon lequel le préfet pouvait faire opérer des arrestations. L'affaire Sacco-Vanzetti eut entre temps une autre conséquence. Visitant les agents de police blessés et transportés dans les hôpitaux parisiens, Chiappe s'était rendu compte qu'ils s'y trouvaient soignés dans les mêmes salles que leurs adversaires, en<otage en quelque sorte des familles et des amis de ces derniers. Pour éviter ce genre de situation il décida de fonder et d'ouvrir à l'intention du personnel de la préfecture de police, une clinique chirurgicale privée. Deux ans plus tard, en octobre 1929, le président de la République inaugurait boulevard Saint-Marcel la "Maison de Santé du Gardien de la Paix". Cette initiative était fort intéressante. Elle est encore appréciée, même si l'on critiqua à l'époque son financement que l'on disait réalisé par le moyen de "ventes d'indulgences".


Georges Carrot, Le maintien de l’ordre en France au XX siècle
par Statler publié dans : le balcon
Jeudi 17 août 2006
Tu te souviens Wal, à l'occasion de la noyade de l'industriel Michelin, j'avais posté,comme on dit, le petit dialogue qui ouvre le pamphlet de Stendhall D'un nouveau complot contre les industriels. En 1830, le collectif d'écrivains connu sous le nom de Vicomtesse de Chamilly publiait,parmi d'autre la petite saynette qui va suivre,dans laquelle on perçoit bien le caractère étroit et bouffon de l'économisme, du nom de la religion Economie (l'économiste étant un penseur de cette religion appelant au sacrifice humain en fonction des prophéties qui sont les siennes).

Nous sommes au jardin des Tuileries,


L'horrible Marquis de Saint-Simon est en promenade avec le Baron Cotonnet, industriel, le Baron de Stendhall, Madamede Staël, qu'on n'entendra pas plus que Monsieur de Schlegel.

les Rôles :

Le Marquis de Saint-Simon :
Le Baron Cottonet :


Le Baron de Stendhall :






COTONNET
A qui rêvez-vous, mon cher Saint-Simon ? Ne trouvez-vous pas qu'un ciel étoilé est une chose merveilleuse après un dîner comme le nôtre ? J'ai toujours voulu vous demander une chose : croyez-vous au système des anciens ?

SAINT-SIMON, Préoccupé.
Oh ! baron, vous êtes toujours pastoral au moment de la digestion.

CoTONNET
J'aime à m'éclairer de vos lumières, vous le savez.

SAINT-SIMON
Faisons-nous chacun notre part, mon cher baron. Vous avez vos faiblesses méridiennes ; j'ai les miennes aussi. Après le café, vous êtes bavard, pédant et aristocrate ; moi, je suis vert et véridique en diable.


CoTONNET, avec un rire forcé.
Vous voyez que vous me rendez justice puisque vous souffrez mes faiblesses.

SAINT-SIMON
Hein, hein, ne vous y fiez pas. - Après cela, vous êtes un bon diable de baron. Je vous ai toujours aimé et estimé à votre fortune près. - Vous, c'est différent : il y a bien des honnêtes gens que vous n'aimez et n'estimez qu'entre la poire et le fromage.

COTONNET
Saint-Simon, vous êtes dans vos boutades.

SAINT-SIMON
Puisque vous y êtes fait, ne vous en plaignez pas.

COTONNET
Si vous n'étiez pas mécontent et un peu misanthrope, vous seriez le meilleur homme du monde.

SAINT-SIMON
Oh ! baron, que vous êtes gauche en raisonnant ! Moi misanthrope ! Comprenez la valeur des mots, baron, ou n'ouvrez jamais la bouche. Moi misanthrope ! J'aime non seulement ceux qui n'ont pas ; cela est facile, ils ne choquent pas par leurs richesses : mais j'aime encore ceux qui ont, ceux qui possèdent. Je leur sais gré d'avoir leurs aises, je leur en fais un mérite : est-ce là le système d'un misanthrope ?


COTONNET, riant.
Ainsi vous me savez bon gré d'être riche ?

SAINT-SIMON, brusquement.
Oui, sans doute. Si vous n'étiez pas un millionnaire, vous seriez un loup-garou.

CoTONNET, riant aux éclats.
Ah ! ah ! le drôle de corps !

SAINT-SIMON
Drôle de corps ! D'un autre, ce serait une impertinence ; de vous c'est de l'amitié. Pour en revenir à mon système, baron... Vous êtes bien fier d'être baron : votre plus beau titre c'est d'être industriel, ne vous y trompezpas. Moi, je suis né marquis, grand d'Espagne ; ma noblesse remonte peut-être à la bataille de Toro. Je pourrais prendre le haubergeon, me blasonner, comme vous, être plus ridicule encore. si c'est possible... Mais tout cela n'est que du vent en face de l'industrie. Votre mérite à vous autres, c'est de l'or bien monnayé et après avoir bien pesé tout cela, j'ai reconnu que vous êtes les capacités de l'époque... quoique vous ne soyez pas grand'chose !

COTONNET
C'est au mieux. - Ah ! çà, Saint-Simon, pour la centième fois, qu'entendez-vous par l'industrie intrinsèque ?

SAINT-SIMON
Ah ! Il ne vous faut pas de discours, de déroulements, baron : il vous faut un mot. L'industriel est l'homme du besoin, de la civilisation, l'hom-me qui fait, qui produit ; et l'homme qui paie, qui fait produire, est industriel comme celui qui fait et qui produit. C'est Laffitte, c'est Ternaux, c'est Bréguet, c'est le savetier du coin, c'est tout le monde, excepté moi, les rois, les ducs, les marquis et les pairs.

COTONNET
Il faut être producteur avant tout. Je sais cela, et nous sommes d'accord.

SAINT-SIMON
Cela posé, vous faites du calicot, c'est-à-dire vous manipulez au profit de deux cents individus des produits exotiques qui centuplent au sortir de vos mains. Vous êtes dans mon système ce qu'étaient les hauts-barons autrefois : vous conduisez à la grande bataille industrielle deux cents hommes d'armes qui combattent sous votre bannière. Voilà comme j'entends la gentilhommerie moderne, mon cher baron ; et ceux qui sortent de là, qui ne font ni calicot, ni souliers, ni savon, ni chandelles, qui ne sont pas producteurs, ils ne sont rien, et je les retranche comme des membres gourmands de l'espèce humaine.

COTONNET, riant.
Mais... les gourmands ont leur mérite dans ce monde.
(M de Stendhall s'est approché d'eux sans qu'ils le voient.)

SAINT-SIMON, gravement.
Les gourmands ont le mérite de consommer : c'est une qualité et une façon de produire...

M. DE STENDHALL, qui les a écoutés.
Je dis plus, ce sont les hommes actifs de la civilisation ; ils font mouvoir la machine : ils méritent des récompenses nationales.

COTONNET
Ah ! c'est vous, Stendlhall ; comment avez-vous trouvé mon dernier discours à la Chambre ?

M. DE STENDHALL
Pas meilleur que votre premier dîner.

COTONNET
Ah ! voilà, parce qu'on donne à dîner, il semble qu'on ne soit bon qu'à cela.

M. DE STENDHALL
C'est quelque chose ; selon M. Saint-Simon, c'est beaucoup. - En mangeant, en faisant manger les autres, vous faites vivre un cuisinier, six marmitons, dix fournisseurs et des intermédiaires à perte de vue. - Cincinnatus avec ses vertus et ses lentilles était un homme à pendre ! Et vous, chacune de vos indigestions est un bienfait pour l'état. Le canon russe a fait raison du système de Napoléon : je ne vois, pour en finir avec celui de Saint-Simon, que les pâtés de foie gras qui tuaient les fermiers généraux et qu'on nommait la vengeance du peuple.

SAINT-SIMON
Vous n'y entendez rien, l'homme d'esprit. Vous avez toujours des lunettes qui raccourcissent, qui rétrécissent, qui ressassent. Il n'y a rien d'amplifiant dans votre enveloppe. Élevons-nous donc en faveur de la prospérité...

M. DE STENDHALL, riant.
Soutenons ces pauvres riches qu'on persécute...

SAINT-SIMON, gravement.
Pour moi, tout homme est bon d'après sa valeur spécifique ; s'il ajoute à ce poids par sa capacité, par son travail, il se range naturellement dans l'ordre des êtres supérieurs, et, dans mon système, je l'appelle à gouverner les autres, fût-il inepte, absurde, sot...

M. DE STENDHALL
Comme un coffre-fort.

CoTONNET, riant.
Ils sont très amusants. Si nous allions chez Tortoni ?

M. DE STENDHALL, se jetant sur une chaise.
Tenez, vous n'êtes pas plus neuf que les autres. Vous venez après La Rochefoucault, après Cabanis, Volney, Vauvenargues, Broussais, Azaïs ! - Tous ces gens-là nous font vivre d'amour-propre, d'intérêt personnel, de matérialisme, de concentration, de compensation : vous y ajoutez le pot-au-feu !

SAINT-SIMON
Me comparer à ces hommes-là, c'est ne pas me comprendre ! L'avenir prouvera mes idées : le système de l'argent, de la production, est le seul qui convienne aux peuples civilisés...

M. DE STENDHALL
Mais vos peuples civilisés sont les plus ennuyeux du monde !

SAINT-SIMON
Mais vous, mon cher, vous êtes l'ennuyé par perfection.

M. DE STENDHALL
Eh ! je gémis, pardieu ! quand on nous parle des progrès et desnécessités de l'époque. A force de centraliser, vous êtes assommants. Tout ce qui n'est pas vous, vous met au désespoir. Vous nous avez ôté la peste, la lèpre, tout ce qui faisait le charme de nos chroniques ; vous n'avez plus que des endémiques, des entérites aiguës comme on en voit à Saint-Germain-en-Laye. Vous nous donnez des nausées, vous et les vôtres ! N'allez-vous pas porter une charte sur le mont Olympe, et salir l'Acropolis d'une chambre de députés ? Il nous restait en Europe un peuple coloré : on le chasse, on le police et quand nous irons sur les rives du Bosphore chercher du pittoresque, nous y trouverons des spahis en schakos, mangeant des échaudés et buvant de la bière ! Quand vous nous aurez rendu bien ennuyeux avec votre civilisation, nous reviendrons à la barbarie et nous nous amuserons comme des sauvages!

COTONNET
Allons, allons donc, voilà de l'exagération et de la futilité. Nous ne raisonnons pas, mon cher...

M. DE STENDIIALL, les prenant chacun par un bras
et leur montrant la statue de Diane.
Vous êtes deux hommes civilisés : regardez cette statue. (A Cotonnet.) Vous, que voyez-vous là ? Une statue de huit pieds, ayant hauteur, largeur,et profondeur pour monter sur votre poêle, dans la niche de votre salle à manger. (A Saint-Simon.) Vous, l'homme superbe, un bloc de marbre, pesant six cents lâlos, ayant coûté tant d'exploitation, tant de transport, tant de main-d'aeuvre, ayant fait vivre cinq cents manants, sculpteurs et autres. La Vénus du Capitole a été produite par un artiste et non par un industriel : tous les chefs-d'oeuvre sont des épigrammes contre votre système. - Tenez, voulez-vous que je vous dise ? Vous êtes un homme qui engendrera des fous. Bonjour. (II s'éloigne en riant.)

COTONNET
Comment diable l'entend-il ?

SAINT-SIMON, se fâchant.
Eh ! mon cher baron, ne vous cassez pas la tête, vous n'y comprenez rien. Vous êtes l'industriel matte : nous en viendrons à vous vivifier. (A lui-même.) Des fous, des fous..., il a raison... Mais j'ai tout prévu... J'ai un projet, un grand projet... C'est en effet urgent ; je songeais à le remettre... Mais non, je pars demain pour la Suisse.

CoTONNTET
Allons donc chez Tortoni !
par Statler publié dans : le balcon
Mardi 8 août 2006

: 5b: Alors là, je ne résiste pas. La tête à l'envers, la tête en bas, toujours plus fort. Il faut d'abord savoir que, contrairement à ce qu'on croyait, les vraies spécialités culinaires d'ici sont les pâtes et la pizza, et les escalopes milanaises ou à la romaine. Bref. Dans les pizzas, ici, ils mettent le jambon sur le fromage.
Lundi 7 août 2006
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Vendredi 4 août 2006

Figures toi Waldorf, la tête en bas, que je crois que j'habite un quartier d'avant garde. Oui, rien que ça ! Tu te souviens, j'ai quitté la zone des blancs-bec connards, contents d'eux, sans qu'on puisse très bien percevoir les raisons d'une telle autosatisfaction. Mon nouveau quartier concentre le monde vivant, c'est à dire le monde moins les atlantistes. On y trouve l'Afrique, l'océan indien, l'Empire du Milieu, des vrais juifs, c'est à dire des juifs de ghettos avec le chapeau noir, la barbe et les femmes qui couvrent leurs cheveux. Mais il y a encore mieux. Pas plus tard que mercredi, je pars en ballade avec les Ouin-ouins sisters. Nous avons droit,comme d'habitude, à moultes témoignages d'affection  devant tant d'abondance (tu as pu toi même constater ces faits) et voilà qu'il nous arrive l'une de ces expérience qui réchauffe le coeur.
Un homme, manifestement originaire d'une autre contrée, nous arrête et s'adresse à moi. D'abord, il me salut par une poignée de main, puis me demande si je suis arabe, ensuite si je suis musulman, sans que je comprenne très bien pourquoi (si ce n'est mon début de barbe) et enfin il m'explique que rencontrant des jumeaux, il convient qu'il leur fasse un présent. Mais il est également convenable de me demander si j'accepte qu'un cadeau leur soit donné. J'accepte le don cela va sans dire, c'est une obligation. L'homme fouille ses poches et en extrait deux rondelles de metal, d'un jaune terne, frappées de deux chiffres arabes : un 5 et un 0, qu'il donne aux Ouin-ouins sisters. Dans mon ancien quartier les blancs-becs connards y verraient cinquante cents, alors que ça n'est évidement pas de cela qu'il s'agit. Bref, nous discutons, nous nous serrons chaleureusement la main pour se dire au revoir, et main sur le coeur reprenons chacun sa route. C'est ainsi que l'argent venait d'être aboli. Il n'était plus la chose qui contient toute chose et toute humanité (donc toute spiritualité), il redevenait un objet, enrichi, peut être, par le mana. Sa valeur, au sens de l'économie politique (= au sens des blancs-becs connards), venait de perdre sa signification et dans le même temps d'acquéir d'aures pouvoirs autrement plus fantastiques. J'ai pensé à Marcel Mauss et au passage sur la monnaie chez les Tlingit et les Tsimshian, dans l'Essai sur le don:

" Mais ce sont surtout les cuivres blasonnés qui, biens fondamentaux du potlatch, sont l'objet de croyances importantes et même d'un culte. (...) Souvent le mythe les identifie tous, les esprits donateurs des cuivres, les propriétaires des cuivres et les cuivres eux mêmes. Il est impossible de discerner ce qui fait la force de l'un del'esprit de l'autre : le cuivre parle, grogne ; ildemande à être donné, détruit, c'est lui qu'on couvre de couvertures pour le mettre au chaud, de même qu'on enterre le chef sous les couvertures qu'ildoit distribuer.
Mais d'un autre côté, c'est, en même temps que les biens la richesse et la chance qu'on transmet.
(...) La circulation des biens suit celle des hommes, des femmes et des enfants, des festins, des rites, des cérémonies et des danses, même celle des plaisanteries et des injures. Au fond elle est la même. Si on donne les choses et les rend, c'est parce qu'on se donne et se rend "des respects" - nous dirions encore "des politesses". Mais aussi qu'on se donne en donnant, et, si on se donne, c'est qu'on se "doit" - soi et son bien - aux autres. "

Toute chose, qu'evidement les blancs-bec connards ne peuvent comprendre.

par Statler publié dans : le balcon
Jeudi 3 août 2006
Mardi 1 août 2006
 
 
 
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