

Pix of gli bambini :

"La France qui travaille" contre "la France d'en bas" ? Très en forme en ce moment le Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa. Après avoir insulté les victimes de l'immeuble incendié à Paris ("tout un tas de gens, qui n'ont pas de papiers pour certains"), le voilà qui déclare aujourd'hui :
"Je pense à la France qui se lève tôt, qui travaille dur et qui ne comprend pas pourquoi dans un certain nombre de cas il y a si peu de différence entre celui qui travaille et ses revenus et celui qui ne travaille pas et ses revenus."
Ben voyons. Aux dernières nouvelles, ceux qui n'appartiennent pas au monde du travail (comme on disait) sont les patrons et les rentiers. Mais, pas de doute, si l'on considère les revenus des ces gens qui ne travaillent pas, ce n'est pas eux que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa visait.
l'autre nuit, en suivant le fil de mes pensées, j'en suis arrivé au bout.

Alors, comme ça, tu travailles la théorie ? Eh ben, on va voir ça dans la pratique.














Elle a racheté des rouleaux de feuilles aluminium. La plupart du temps, elle traîne son sac plus qu’elle ne le porte mais, par réflexe, elle le soulève et le serre contre son ventre, pour quelques pas. Puis, c’est la nature de toute chose, il tombe au sol et elle le tire encore, à bout de bras.Quand elle a compris que le mieux était de ne plus faire semblant et de vivre dans la salle de bain, il a bien fallu demander aux jeunes d’y transporter le frigo. Elle s’est forcée à descendre, à dévier de son chemin de sortie, à aller à la rencontre du groupe en bas. Normalement, à cette heure-là, ils ne devaient pas être nombreux. Peut-être même que le grand Noir serait seul avec ses petits cousins. Ou ses neveux, va savoir. Celui qui est fort et qui a l’air bien élevé. Mahmoud, Mahamoud, quelque chose comme ça.
Ils ont des h partout dans leurs noms, ces gens là. Sûrement une façon d’écrire les sons qu’on ne peut pas dire, qui font racler la gorge. Durs aux oreilles. L’autre jour, elle lisait un magazine. Il y avait des mots savants, difficiles. Ils étaient tous pleins de h. Elle s’est demandé si cette lettre n’était pas la marque de mots inaccessibles, elle a eu un instant de panique : connaissait-elle des mots avec un h ? Des mots compliqués, anticyclone, indice, seuil d’alerte, confinement. Et puis elle a trouvé et s’est rassurée. Des mots de tous les jours : chat, chien, chiottes. Aucune raison de craindre cette lettre. Elle a fait deux, trois pas de danse pour fêter la victoire sur la peur.
Au pied du bâtiment des Acacias, ses pas suivent très exactement son chemin. Elle pense que si elle osait marcher un peu sur la gauche, les jeunes seraient obligés de la voir en train de porter ce sac. Peut-être qu’ils lui proposeraient de l’aider. Mais ils ne sont pas comme Mahmoud ; on ne peut pas savoir. Alors elle serre le sac contre son ventre. Pour quelques pas. Puis elle le traîne encore, sans dévier du chemin. Mahmoud avait dit : « Mais bien sûr, Madame. » Avec un sourire qui fait peur. Il l’a suivie dans l’escalier avec un cousin ou un frère à lui. Sans la doubler, alors que ça se sentait qu’il freinait derrière. En ouvrant la porte, elle a prié : « Qu’est-ce que je fais ? Maintenant, ils vont me tuer et tout me voler. C’est moi qui ai ouvert, bien fait. » Mais non, il a juste débranché le frigo et s’est tourné vers elle. « Où on le met ? » il a demandé. Elle a bien vu ses yeux qui se posaient partout. « Rien pour toi chez la pauvre vieille ! » Elle a indiqué la salle de bain. Elle n’avait pas pensé à ça.
-- Putain, Madame ! Qu’est-ce que vous avez fait ? C’est de l’alu, ma parole. Partout, partout. Sur le plafond et par terre. Partout, sur les murs. Pourquoi vous faites ça ?Alors, elle a senti la digue céder. Alors, les mots ont coulé, sans retenue. Alors, elle a expliqué :
-- C’est pour les radiations. Il n’y a pas de fenêtre dans cette pièce. On peut confiner la salle de bain et l’aluminium bloque les radiations, au cas où. Mahmoud et l’autre ont posé le frigo. Il la pensait folle mais en même temps, il se demandait, il la respectait, tout ça se voyait. Même si t’es tout foncé, la vieille t’en a mis un coin.
Quand elle a vu le coup de l’alu, elle a décidé de foncer, de tapisser tout l’appart, de survivre. Au départ, elle ne savait pas comment faire : ça ne tenait pas, c’était trop lourd pour la colle. Mais pas pour les agrafes ni les punaises. Elle a réussi. Sauf qu’elle a compris, avec horreur au début, qu’un rouleau ne couvrait qu’un bout de mur, que la tâche était immense, et bien au-dessus de ses moyens. C’est pour ça qu’elle a décidé de ne s’occuper que de la salle de bain. Pas de fenêtre, de l’eau, suffit de mettre une filtreuse comme ils en vendent. Confinement.
Elle arrive à son bâtiment. Elle a bien étudié les chemins, de là-haut. L’endroit des jeunes des Acacias (devant le bâtiment A), le territoire des Dahlias (autour du bâtiment D, espace réservé), et puis la façon de passer entre les tours Tulipe et Glycine sans provoquer personne. Le chemin des vieux. Le chemin des lâches et des cons, qui permet à tout le monde de vivre dans le Quartier. Mahmoud n’utilise pas ce chemin. Il n’a pas besoin de ces détours. Il a sa voie à lui, directe. Et à ses cousins ou ses frères. Mais ils contournent tout de même les Dahlias, chacun à sa place et la vie est possible.
La télé disait que la Ville se vidait, subitement (toujours pas de h). Elle est montée, hasard ou miracle, à ce moment chez la Vieille d’en haut de la Tulipe, d’où l’on voit la Ville. Le Danger. Elle a tout compris à ce moment : pourquoi les familles partaient, pourquoi les familles restaient. Qu’elle allait rester : pour partir, il faut avoir quelque part où aller, même là-bas. Depuis le temps, peut-être que la Vieille est morte. Qui grimperait là-haut pour le plaisir ? Les gens (Tous les gens.) fuyaient la ville et les autres (Quels autres ? Moi.) se confinaient chez eux. Fermez les portes, choisissez une pièce sans fenêtre, le plomb arrête les radiations. L’aluminium aussi. Elle a débuté par acheter les feuilles d’alu les plus lourdes, les plus chères. Elle a renoncé à couvrir l’appartement. Elle a bien vu le regard de Mahmoud : folie mais aussi espoir. Et, deux jours après, les mères ont commencé à lui demander, à poser des questions sur l’alu. Elle avait renoncé à rendre sûres plus de pièces. Une, c’est bien assez, et il y a l’eau. Filtrée. Elle a su qu’elle n’était pas si folle quand les rouleaux d’alu ont manqué au supermarché : la folle était suivie. Tout cela se passait au moment où les soldats ont encerclé le Quartier pour limiter les risques des déplacements. Plus de courses ; de toute façon, qui voulait encore de l’argent ? Il a encore fallu demander de l’aide à Mahmoud.La télé disait que la Ville se vidait et, pas à pas, elle suivait son chemin. Le chemin des neutres à travers le Quartier, celui qui a tous les détours, qui n’offense personne. C’était pendant que les mères accumulaient blé et eau et tapissaient murs, sols et plafonds d’alu parce qu’il paraît que, que les pères erraient entre alcool, trafic de passe-droits avec les militaires et prières vaines, que les fils, remis à leur place à coups de canons, réinventaient les frontières ridicules de la survie et que les filles, renonçant tout à fait aux princes charmants, se prenaient à rêver de princes vengeurs et destructeurs. Elle arrivait au pied de chez elle avec encore de l’alu dans le cabas parce qu’elle s’était dit qu’après tout, deux couches c’est forcément mieux qu’une.




Stat, et si, finalement, la vie était tout bêtement indicible ? On ferait quoi, là, du balcon ? Alors, tant qu'à ne pouvoir dire, je livre tout en vrac. Les images que tu pourras former de ce puzzle seront toujours en-deçà de certains instants.
Une campagne. Des copains d'amis. Un garagiste folle qui a ses "trucs". Des feux. "La vieille n'est pas au cimetière, elle est là, devant son feu."
La guerre mondiale est une guerre civile. On dit : la guerre.
Des promesses et des "tu verras". Le 18 novembre. Des bébés, bien présents et à venir. Des âmes rencontrent des djinns dans un village de moins de 200 habitants au centre de la France. Des lombalgies, des mal au dos, des bobos. Magnétisme et chaleur. "Mais alors, en fait, vous manipulez ? -- ... Non. Non Madame, je ne suis pas un manipulateur."
Il paraît que Tony Blair et la reine ont failli craquer en apprenant les attentats. Blair recevait Bush dans son château d'Ecosse. "Pourquoi moi ?"
Une grande maison. Des gares. Des trains ; plein de trains. Un agent SNCF qui a pour ambition de faire payer ses voyageurs le moins cher possible. Une pétition et un bar municipal. "C'est la voix de Jean qui m'a réveillée parce que les autres garçons ont des voix viriles."
Et quoi encore ? Encore : les lignes de la main, des complots en veux-tu en voilà. Une prière et un hamac. L'épuisement du pétrole. Quelques coups de fil et des rencontres. Beaucoup d'amitié.
Et ce matin encore : un enterrement.
Bien le bisou au dauphin, Wald.




