Stat, je l'évoquais il y a quelques jours, nous en parlions l'autre soir, lors de ta dernière récréation, dans un Rapport secret du Pentagone sur le changement climatique, des stratèges américains, après avoir prévenu que leur scénario n'est vraiment qu'un scénario : « Gardez à l'esprit que la durée de cet événement pourrait se compter en dizaines d'années, en siècles ou en millénaires et qu'il pourrait débuter cette année ou beaucoup plus tard », ben voyons, pourquoi pas scénariser l'apparition d'un grand dragon dans le ciel, ils l'ont déjà fait ? – ah, bon ; ces stratèges américains écrivent : « Dans l'ensemble, les variations climatiques se révèlent une gêne pour l'économie, généralement sensible au niveau local, où les orages, les inondations et les vagues de chaleur affectent l'agriculture et d'autres activités dépendant du climat. Par exemple, les médecins français sont plus nombreux à travailler au mois d'août. » Voilà un exemple de bouleversement social qui parle aux maîtres de ce monde. En attendant, le Monsieur Météo de la radio parle d'une « fraîcheur remarquable pour une fin de mois de mai. » Va comprendre.Plus loin, nos stratèges, enfin, leurs stratèges prédisent l'inévitable renforcement de la frontière entre les États-Unis et le Mexique d'ici 2020 ; pas de chance, c'est déjà fait : les États-Unis viennent de militariser leur frontière sud. À ce sujet, le Fléau, de retour de là-bas, s'exclamait fort à propos : « Bien fait ! ils n'avaient qu'à pas faire grève ! »
Rien à voir : j'entends en ce moment Eva Joly affirmer : « Il y a aujourd'hui dans les grandes entreprises des gens chargés de recueillir anonymement les inquiétudes des salariés », et il faut comprendre que c'est un progrès d'instaurer des procédures de dénonciation au boulot. Personne ne l'égorge, Monsieur Badinter, qui lui fait face, rebondit sur le « secret de l'instruction ». Ça me fait penser à un copain de Tonton Milou qui me racontait sa vie, il y a quelques temps maintenant : il bosse dans une boîte de distribution de je ne sais pas trop quoi, la boîte s'est fait racheter par une boîte américaine et le premier changement a été la mise en place d'un service de balance des collègues à la direction. Rien à voir ?
Bon, à part ça, je ne retrouve plus mon pied-de-biche. Tu n'aurais pas une idée à qui j'aurais pu le prêter ?

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L’Emir, et c’est sans doute ce qui fait sa force, propose que dans ce monde clôt et maintenant étroit, la guerre soit de religion. On peut raisonnablement penser qu’elle l’est. On voit se combattre une religion, idolâtre et fétichiste, fondée sur un matérialisme sans humanité, où les choses dévorent les hommes avec gourmandise, pour satisfaire l’appétit des diverses divinités toutes plus cruelles, que les doctes prêtres appellent Marché, Croissance, Productivité, Compétitivité etc… De l’autre côté du Ciel, en contre point, une religion à la spiritualité pragmatique et un peu étriquée (le wahhabisme n’est quand même pas le soufisme) mais qui en tant que monothéisme remet l’humanité au centre du monde par le truchement aliénant du divin. Les hommes doivent se soumettre à la loi de Dieu et non à celle des choses. Voilà un milliardaire, ayant connaissance du monde du business et qui a renoncé si radicalement aux si beaux plaisirs que dispense la civilisation par affection pour Dieu. Cette manière de déroger au rôle qui lui était dévolu à la naissance, pour ce qui apparaît comme des fadaises de bigot, semble absolument inacceptable pour les entrepreneurs et leurs louangeurs, certes, mais aussi pour les propriétaires de la vraie voix des opprimés qui, par conformisme, ont fait allégeance. C’est une autre partie du scandale. C’est en cela, peut-être, que la figure mythologique acquis par l’Emir Ben Laden dépasse, de loin, le rigoriste Oussama Ben Laden et ses utopies millénariste, surgies d’un hypothétique Age d’Or remontant au temps des quatre premiers califats.
Il fut une époque où les héros du Peuple étaient immortels. Depuis 2001, nous assistons à une déclinaison sérielle des aventures de l’Emir du Mal, sur les différents théâtre d’opérations. Des Philippines à l’Europe en passant par la Mésopotamie le mythe est devenu une franchise (business is business) qui en vaut bien une autre. C’est pourquoi la vie de l’Emir Ben Laden, comme figure pop, s’est achevée en Afghanistan, après la bataille de Tora Bora et ne lui aura pas survécu. « A Kaboul, ceux que j’interrogeais sur le Khyber ne trouvaient jamais leurs mots : « … inoubliable, c’est surtout l ‘éclairage… ou l’echelle… ou l’echo peut être, comment vous dire ? … » Puis ils s’enferraient, renonçaient et, pendant un moment, on les sentait retournés en esprit dans le col, revoyant les milles facettes et les milles ventres de la montagne, éblouis, transportés, hors d’eux mêmes, comme la première fois. » (Nicolas Bouvier, L’usage du monde)

Les Ouins-Ouins Sisters étaient dans leur position préférée. Allongées sur le dos, dans les herbes plates et synthétiques. On discernait, à l'horizon, la Girafe dans sa bulle de savon, au milieu de ballons multicolores.

Monsieur Edouard Michelin est mort par dessus bord du Liberté. Ses proches en sont affectés et leur chagrin est bien compréhensible. Mais ce que l'on ne peut s'expliquer c'est pourquoi tout ce foin autour de la mort d'un notable. On se demande ce que monsieur Edouard Michelin, héritier, a bien pu faire de si grand, de si exemplaire, de si formidable et de si héroïque pour mériter autant de salamaleks posthumes. On cherche et on ne trouve pas.
Tout cela me fait penser au petit dialogue qui ouvre le pamphlet de Strendhal "D'un nouveau complot contre les industriels" :
Mon cher ami, j'ai fait un excellent dîner.
Le voisin
Tant mieux pour vous mon cher ami.
L'industriel
Non pas seulement pour moi. Je prétends que l'opinion publique me décerne une haute récompense pour m'être donné le plaisir de faire un bon dîner.
Le voisin
Diable, c'est un peu fort !
L'industriel
Seriez vous un aristocrate, par hasard ?
Stat, tout à fait entre nous, puisque tu t'es mis à apprécier les grands ouiskis (à l'instar du Fléau, d'ailleurs), le réfugié single malt a découvert le Yamazaki de chez Suntory, il est japonais, d'accord, mais il vaudrait les meilleurs écossais pour un coût encore très inférieur (après, tout est relatif, hein). Et crois-moi que, pour le réfugié, dire ça s'apparente à briser un tabou fondamental. Il conseille même d'y sacrifier nos économies : on peut le boire avec délice et le voir comme un investissement à haut rendement. Le réfugié est américain, Le Fléau et SDuziel comprendront ça.
« Une guerre civile n'est pas stupide comme une guerre entre nations, les Italiens en guerre contre les Anglais, ou les Allemands contre les Russes, et moi, qui suis un mineur sicilien, je tue le mineur anglais, et le paysan russe tire sur le paysan allemand ; une guerre civile est un fait plus logique, on se met à tirer pour les personnes et pour les choses qu'on aime ; et pour les choses qu'on veut, et contre les gens qu'on déteste, et personne ne se trompe en choisissant de quel côté se mettre, seuls se trompent ceux qui se mettent à crier "paix". » – Leonardo Sciascia.
L'ancienne aux cheveux rouge sur blanc, était venue.
La vieille était allé enterrer le signe du cancer, là bas, à l'autre bout de la ville.
Les Ouins-Ouins sisters resplendissaient dans leurs robes de fleurs.


